- 48 tirages verticaux, 102 x 72 cm
Accrochage linéaire avec un espacement régulier.
Toutes les images sont prises de nuit, en couleur, avec le flash
“Le monde est plein d’engrenages qui manquent. [...]
mais il
me semble à moi, au moins pour ce qui en est de notre globe,
que la seule chose qui le fasse tourner sans accroc, c’est le fait
qu’ici et là, manquent des engrenages” (Dojoji. Yukio Mishima).
Gaël Bonnefon confronte son univers photographique à une
nouvelle de David Chaignon, qui met en scène un jeune homme
luttant contre les rouages de sa propre vie. Ce qui rassemble
leurs recherches plastiques c’est leur captation dramatique du
monde. Chacune d’elle comporte une part d’ambiguïté et de
contradiction, mêlant désillusion et enchantement, spectaculaire
et dérisoire.
“Lavoisier nous disait que rien ne se perd, tout se transforme,
il en va ainsi dans une perception scientifique du monde,
en art, disons plutôt que tout se détruit et se reconstruit.
La représentation de la destruction, et à plus forte raison
de l’autodestruction des artistes, est une valeur artistique
sûre et prisée, presque un fantasme. C’est qu’on admire la
détermination des artistes à chercher, abandonner et détruire
pour construire ensuite une nouvelle donne. Gaël Bonnefon a
cette détermination, d’autant plus qu’il analyse en photographie
ce phénomène d’abandon et de destruction.
Il nous montre les rouages d’un entraînement immuable qui
pousse les gens et le monde à se regarder ne jamais mourir
et pourtant avancer en se détruisant. Les jeunes gens flashés
ivres, camés ou nus, fougueux ou las, sont tous en position
d’affût, interrogeant vaguement l’objectif du regard. Les murs
branlants, les architectures obsolètes et les dalles de béton
envahies de végétation parasite, semblent attendre eux aussi
qu’on leur octroie un sort quelconque. Mais la mélancolie du
déclin n’est qu’un élément mis en pesée par Gaël dans ses
images avec son contrepoids de joyeux danger et de tension.
Le titre fait référence à la mécanique hasardeuse qui entraîne
les sujets vers la réalisation de leurs aspirations, l’abandon de
celles-ci, ou la chute. Ils apparaissent écrasés par l’atmosphère
crépusculaire d’un monde qu’ils préfèrent appréhender de nuit,
comme pour s’interdire de rêver et choisir de vivre, même à
demi.
La série L’entraînement est finalement un flot immersif
d’aspirations et de destruction dans lequel le photographe
prend part et met en scène les vicissitudes et la grâce de sa
propre vie.
Cette série est issue d’une longue collaboration entre Gaël et
moi, travail qui se finalisera sous la forme d’une édition. Ses
photos seront mises en parallèle avec un cours roman que j’ai
écrit, dans lequel un jeune homme croit prendre le contrôle
de sa vie en s’infligeant un entraînement physique extrême. Il
pense se construire un avenir mais il est vite dépassé par ses
propres convictions et les conséquences de celles-ci. Il n’est pas
aisé de contenir l’ampleur des dégâts qu’on veut s’infliger pour
aller mieux, et de réfléchir à ce qu’on veut bien abandonner...”
David Chaignon