Gaël Bonnefon - L'entraînement, 2009 - Sans titre

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L'entraînement, 2009


- 48 tirages verticaux, 102 x 72 cm
Accrochage linéaire avec un espacement régulier.
Toutes les images sont prises de nuit, en couleur, avec le flash


“Le monde est plein d’engrenages qui manquent. [...]
mais il me semble à moi, au moins pour ce qui en est de notre globe, que la seule chose qui le fasse tourner sans accroc, c’est le fait qu’ici et là, manquent des engrenages”
(Dojoji. Yukio Mishima).


Gaël Bonnefon confronte son univers photographique à une nouvelle de David Chaignon, qui met en scène un jeune homme luttant contre les rouages de sa propre vie. Ce qui rassemble leurs recherches plastiques c’est leur captation dramatique du monde. Chacune d’elle comporte une part d’ambiguïté et de contradiction, mêlant désillusion et enchantement, spectaculaire et dérisoire.

“Lavoisier nous disait que rien ne se perd, tout se transforme, il en va ainsi dans une perception scientifique du monde, en art, disons plutôt que tout se détruit et se reconstruit. La représentation de la destruction, et à plus forte raison de l’autodestruction des artistes, est une valeur artistique sûre et prisée, presque un fantasme. C’est qu’on admire la détermination des artistes à chercher, abandonner et détruire pour construire ensuite une nouvelle donne. Gaël Bonnefon a cette détermination, d’autant plus qu’il analyse en photographie ce phénomène d’abandon et de destruction.
Il nous montre les rouages d’un entraînement immuable qui pousse les gens et le monde à se regarder ne jamais mourir et pourtant avancer en se détruisant. Les jeunes gens flashés ivres, camés ou nus, fougueux ou las, sont tous en position d’affût, interrogeant vaguement l’objectif du regard. Les murs branlants, les architectures obsolètes et les dalles de béton envahies de végétation parasite, semblent attendre eux aussi qu’on leur octroie un sort quelconque. Mais la mélancolie du déclin n’est qu’un élément mis en pesée par Gaël dans ses images avec son contrepoids de joyeux danger et de tension.

Le titre fait référence à la mécanique hasardeuse qui entraîne les sujets vers la réalisation de leurs aspirations, l’abandon de celles-ci, ou la chute. Ils apparaissent écrasés par l’atmosphère crépusculaire d’un monde qu’ils préfèrent appréhender de nuit, comme pour s’interdire de rêver et choisir de vivre, même à demi.
La série L’entraînement est finalement un flot immersif d’aspirations et de destruction dans lequel le photographe prend part et met en scène les vicissitudes et la grâce de sa propre vie.

Cette série est issue d’une longue collaboration entre Gaël et moi, travail qui se finalisera sous la forme d’une édition. Ses photos seront mises en parallèle avec un cours roman que j’ai écrit, dans lequel un jeune homme croit prendre le contrôle de sa vie en s’infligeant un entraînement physique extrême. Il pense se construire un avenir mais il est vite dépassé par ses propres convictions et les conséquences de celles-ci. Il n’est pas aisé de contenir l’ampleur des dégâts qu’on veut s’infliger pour aller mieux, et de réfléchir à ce qu’on veut bien abandonner...”

David Chaignon

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